—Eh! fit-il en lui jetant un regard de côté, vous êtes grande, et je vous trouve comme je vous imaginais, sublime dans la déroute. Savez-vous qu’il est bien rare à une personne supérieure de répondre à l’idée qu’on se fait d’elle? la défaite ne vous accable donc pas? Vous avez raison, nous triompherons, lui dit-il à l’oreille. Votre sort est toujours entre vos mains, tant que vous aurez pour allié un homme qui vous adore. Nous tiendrons conseil.
—Mais Baudoyer est-il nommé, lui demanda-t-elle.
—Oui, dit le Secrétaire-général.
—Est-il décoré?
—Pas encore, mais il le sera.
—Eh! bien?
—Vous ne connaissez pas la politique.
Pendant que cette soirée semblait éternelle à madame Rabourdin, il se passait à la Place-Royale une de ces comédies qui se jouent dans sept salons à Paris lors de chaque changement de ministère. Le salon des Saillard était plein. Monsieur et madame Transon arrivèrent à huit heures. Madame Transon embrassa madame Baudoyer, née Saillard. Monsieur Bataille, capitaine de la garde nationale, vint avec son épouse et le curé de Saint-Paul.
—Monsieur Baudoyer, dit madame Transon, je veux être la première à vous faire mon compliment; l’on a rendu justice à vos talents. Allons, vous avez bien gagné votre avancement.
—Vous voilà Directeur, dit monsieur Transon en se frottant les mains, c’est très-flatteur pour le quartier.