—Et l’on peut bien dire que c’est sans intrigue, s’écria le père Saillard. Nous ne sommes pas intrigants, nous autres! nous n’allons pas dans les soirées intimes du ministre.

L’oncle Mitral se frotta le nez en souriant, il regarda sa nièce Élisabeth qui causait avec Gigonnet. Falleix ne savait que penser de l’aveuglement du père Saillard et de Baudoyer. Messieurs Dutocq, Bixiou, du Bruel, Godard et Colleville, nommé Chef, entrèrent.

—Quelles boules! dit Bixiou à du Bruel, quelle belle caricature si on les dessinait sous formes de raies, de dorades, et de claquarts (nom vulgaire d’un coquillage) dansant une sarabande!

—Monsieur le directeur, dit Colleville, je viens vous féliciter, ou plutôt nous nous félicitons nous-mêmes de vous avoir à la tête de la Direction, et nous venons vous assurer du zèle avec lequel nous coopérerons à vos travaux.

Monsieur et madame Baudoyer, père et mère du nouveau directeur, étaient là jouissant de la gloire de leur fils et de leur belle-fille. L’oncle Bidault, qui avait dîné au logis, avait un petit regard frétillant qui épouvanta Bixiou.

—En voilà un, dit l’artiste à du Bruel en montrant Gigonnet, qui peut faire un personnage de vaudeville! Qu’est-ce que ça vend? un Chinois pareil devrait servir d’enseigne aux Deux-Magots. Et quelle redingote! je croyais qu’il n’y avait que Poiret capable d’en montrer une semblable après dix ans d’exposition publique aux intempéries parisiennes.

—Baudoyer est magnifique, dit du Bruel.

—Étourdissant, répondit Bixiou.

—Messieurs, leur dit Baudoyer, voici mon oncle propre, monsieur Mitral, et mon grand-oncle par ma femme, monsieur Bidault.

Gigonnet et Mitral jetèrent sur les trois employés un de ces regards profonds où éclatait la couleur de l’or et qui firent leur impression sur les deux rieurs.