—Vous n’avez cependant pas cessé de penser à lui.
—Là, monsieur, est ma seule faute. A toute heure je pense à lui, et quand vous vous êtes montré, je me disais à moi-même ce nom.
—L’absence vous tue?
Pour toute réponse, Esther inclina la tête à la manière des malades qui sentent déjà l’air de la tombe.
—Le revoir?... dit-il.
—Ce serait vivre, répondit-elle.
—Pensez-vous à lui d’âme seulement?
—Ah! monsieur, l’amour ne se partage point.
—Fille de la race maudite! j’ai fait tout pour te sauver, je te rends à ta destinée: tu le reverras!
—Pourquoi donc injuriez-vous mon bonheur? Ne puis-je aimer Lucien et pratiquer la vertu, que j’aime autant que je l’aime? Ne suis-je pas prête à mourir ici pour elle, comme je serais prête à mourir pour lui? Ne vais-je pas expirer pour ces deux fanatismes, pour la vertu qui me rendait digne de lui, pour lui qui m’a jetée dans les bras de la vertu? oui, prête à mourir sans le revoir, prête à vivre en le revoyant. Dieu me jugera.