—Cela ne se fait jamais, lui répondit du Tillet. C’est pour ne jamais rien avoir à demander qu’elles se donnent des tantes ou des mères.

De la Bourse à la rue Taitbout, le baron dit sept fois à son domestique:—Fus n’alez bas, voueddés tonc le gefal!...

Il grimpa lestement, et trouva pour la première fois sa maîtresse belle comme le sont ces filles dont l’unique occupation est le soin de leur toilette et de leur beauté. Sortie du bain, la fleur était fraîche, parfumée à inspirer des désirs à Robert d’Arbrissel. Esther avait fait une demi-toilette délicieuse. Une redingote de reps noir, garnie en passementerie de soie rose, s’ouvrait sur une jupe de satin gris, le costume que se fit plus tard la belle Amigo dans I Puritani. Un fichu de point d’Angleterre retombait sur les épaules en badinant. Les manches de la robe étaient pincées par des lisérés pour diviser les bouffants que, depuis quelque temps, les femmes comme il faut avaient substituées aux manches à gigot devenues monstrueuses. Esther avait fixé par une épingle, sur ses magnifiques cheveux, un bonnet de malines, dit à la folle, près de tomber et qui ne tombait pas, mais qui lui donnait l’air d’être en désordre et mal peignée, quoique l’on vît parfaitement les raies blanches de sa petite tête entre les sillons des cheveux.

—N’est-ce pas une horreur, dit Europe au baron en lui ouvrant la porte du salon, de voir madame si belle dans un salon passé comme celui-là?

Hé bien, fennez rie Sainte-Chorche, dit le baron en restant en arrêt comme un chien devant une perdrix. Le demps ed manivique, nus nus bromenerons aux Jamps-Elusées, et matame Saint-Estèfe afec Ichénie dransborderont dutte fodre doiledde, fodre linche et nodre tinner à la rie Sainte-Chorche.

—Je ferai tout ce que vous voudrez, dit Esther, si vous voulez me faire le plaisir d’appeler ma cuisinière Asie, et Eugénie, Europe. J’ai surnommé ainsi toutes les femmes qui m’ont servie, depuis les deux premières que j’ai eues. Je n’aime pas le changement...

Acie... Irobe... répéta le baron en se mettant à rire. Gomme fus edes trôle... fus affez tes imachinassions.... Ch’aurais manché pien tes tinners afant te nommer eine guisinière Acie.

—C’est notre état d’être drôles, dit Esther. Voyons, une pauvre fille ne peut donc pas se faire nourrir par l’Asie et habiller par l’Europe, quand vous, vous vivez de tout le monde? C’est un mythe, quoi! Il y a des femmes qui mangeraient la terre, il ne m’en faut que la moitié. Voilà!

Quelle phâme que montame Saind-Esdèfe! se dit le baron en admirant le subit changement des façons d’Esther.

—Europe, ma fille, il me faut un chapeau, dit Esther. Je dois avoir une capote de satin noir doublée de rose, garnie en dentelles.