—Ma mèson! répétait joyeusement le baron. Fus accebdez donc?...
—Mais oui, mille fois oui, animal-bête, dit-elle en souriant.
—Hânimâle édait azez...
—Bête est pour la caresse, reprit-elle en le regardant.
Le pauvre Loup-cervier prit la main d’Esther et la mit sur son cœur: il était assez animal pour sentir, mais trop bête pour trouver un mot.
—Foyez gomme il pat... bir un bedid mote te dentresse!... reprit-il. Et il emmena sa déesse (téesse) dans la chambre à coucher.
—Oh! madame, dit Eugénie, je ne peux pas rester là, ça parle trop au cœur...
—Eh! bien, dit Esther, je veux rendre heureux le magicien qui opère de tels prodiges. Allons, mon gros éléphant, après le dîner nous irons ensemble au spectacle. J’ai une fringale de spectacle.
Il y avait précisément six ans qu’Esther n’était allée à un théâtre. Tout Paris se portait alors à la Porte-Saint-Martin, pour y voir une de ces pièces auxquelles la puissance des acteurs communique une expression de réalité terrible, Richard d’Arlington. Comme toutes les natures ingénues, Esther aimait autant à trembler qu’à se laisser aller aux larmes du bonheur.—Nous irons voir Frédérick-Lemaître, dit-elle, j’adore cet acteur-là!
—C’edde ein trame sôfâche, dit Nucingen qui se vit contraint en un moment de s’afficher.