—Ne me dis pas cela, Corentin. Si ton plan manquait, je ne sais pas de quoi je serais capable...
—Tu les auras peut-être demain! L’abbé, mon cher, est bien fin, nous devons baiser son ergot, c’est un diable supérieur; mais je le tiens, il est homme d’esprit, il capitulera. Tâche d’être aussi bête qu’un nabab, et ne crains plus rien.
Le soir de cette journée où les véritables adversaires s’étaient rencontrés face à face et sur un terrain aplani, Lucien alla passer la soirée à l’hôtel de Grandlieu. La compagnie y était nombreuse. A la face de tout son salon, la duchesse garda pendant quelque temps Lucien auprès d’elle, en se montrant excellente pour lui.
—Vous êtes allé faire un petit voyage? lui dit-elle.
—Oui, madame la duchesse. Ma sœur, dans le désir de faciliter mon mariage, a fait de grands sacrifices, et j’ai pu acquérir la terre de Rubempré, la recomposer en entier. Mais j’ai trouvé dans mon avoué de Paris un homme habile, il a su m’éviter les prétentions que les détenteurs des biens auraient élevées en sachant le nom de l’acquéreur.
—Y a-t-il un château? dit Clotilde en souriant trop.
—Il y a quelque chose qui ressemble à un château; mais le plus sage sera de s’en servir comme de matériaux pour bâtir une maison moderne.
Les yeux de Clotilde jetaient des flammes de bonheur à travers ses sourires de contentement.
—Vous ferez ce soir un rubber avec mon père, lui dit-elle tout bas. Dans quinze jours, j’espère que vous serez invité à dîner.
—Eh! bien, mon cher monsieur, dit le duc de Grandlieu, vous avez acheté, dit-on, la terre de Rubempré; je vous en fais mon compliment. C’est une réponse à ceux qui vous donnaient des dettes. Nous autres, nous pouvons, comme la France ou l’Angleterre, avoir une Dette Publique; mais, voyez-vous, les gens sans fortune, les commençants ne peuvent pas se donner ce ton-là...