—Allons, se dit Jacques Collin, je suis cuit, ils y sont, il faut les gagner de vitesse, et surtout savoir ce qu’ils nous veulent.

Corentin avait vu cinq ou six fois l’abbé Carlos Herrera, et le regard de cet homme ne pouvait pas s’oublier. Corentin avait reconnu d’abord la carrure des épaules, puis les boursouflures du visage, et la tricherie des trois pouces obtenus par un talon intérieur.

—Ah! mon vieux, l’on t’a fait poser! dit Corentin en voyant qu’il n’y avait plus dans la chambre à coucher que Peyrade et Contenson.

—Qui? s’écria Peyrade dont l’accent eut une vibration métallique. J’emploie mes derniers jours à le mettre sur un gril et à l’y retourner.

—C’est l’abbé Carlos Herrera, probablement le Corentin de l’Espagne. Tout s’explique. L’Espagnol est un débauché qui a voulu faire la fortune de ce petit jeune homme en battant monnaie avec le traversin d’une jolie fille... C’est à toi de savoir si tu veux jouter avec un abbé qui me paraît diablement roué.

—Oh! cria Contenson, il a reçu les trois cent mille francs le jour de l’arrestation d’Esther, il était dans le fiacre! je me souviens de ces yeux-là, de ce front, de ces marques de petite-vérole.

—Ah! quelle dot aurait eue ma pauvre Lydie! s’écria Peyrade.

—Tu peux rester en nabab, dit Corentin. Pour avoir un œil chez Esther, il faut la lier avec la Val-Noble, elle était la vraie maîtresse de Lucien de Rubempré.

—On a déjà chippé plus de cinq cent mille francs au Nucingen, dit Contenson.

—Il leur en faut encore autant, reprit Corentin, la terre de Rubempré coûte un million. Papa, dit-il en frappant sur l’épaule de Peyrade, tu pourras avoir plus de cent mille francs pour marier Lydie.