—Volontiers, baron, répondit Lucien à qui le financier apparut comme un ange sauveur.
—Laissez-nous, dit Esther à monsieur de Nucingen quand elle le vit entrant avec Lucien, allez voir madame de Val-Noble que j’aperçois dans une loge des troisièmes avec son Nabab... Il pousse bien des Nabab dans les Indes, ajouta-t-elle en regardant Lucien d’un air d’intelligence.
—Et, celui-là, dit Lucien en souriant, ressemble terriblement au vôtre.
—Et, dit Esther en répondant à Lucien par un autre signe d’intelligence tout en continuant de parler au baron, amenez-la-moi avec son Nabab, il a grande envie de faire votre connaissance, on le dit puissamment riche. La pauvre femme m’a déjà chanté je ne sais combien d’élégies, elle se plaint que ce Nabab ne va pas; et si vous le débarrassiez de son lest, il serait peut-être plus leste.
—Fûs nus brenez tonc bir tes follères, dit le baron.
—Qu’as-tu, mon Lucien?... dit-elle dans l’oreille de son ami en la lui effleurant avec ses lèvres dès que la porte de la loge fut fermée.
—Je suis perdu! On vient de me refuser l’entrée de l’hôtel de Grandlieu, sous prétexte qu’il n’y avait personne, le duc et la duchesse y étaient, et cinq équipages piaffaient dans la cour...
—Comment, le mariage manquerait! dit Esther d’une voix émue, car elle entrevoyait le paradis.
—Je ne sais pas encore ce qui se trame contre moi...
—Mon Lucien, lui répondit-elle d’une voix adorablement câline, pourquoi te chagriner? tu feras un plus beau mariage plus tard.... Je te gagnerai deux terres....