—Donne à souper, ce soir, afin que je puisse parler secrètement à Carlos, et surtout invite le faux Anglais et la Val-Noble. Ce Nabab a causé ma ruine, il est notre ennemi, nous le tiendrons, et nous... Mais Lucien s’arrêta en faisant un geste de désespoir.
—Eh! bien, qu’y a-t-il? demanda la pauvre fille qui se sentait comme dans un brasier.
—Oh! madame de Sérizy me voit! s’écria Lucien, et pour comble de malheur, le duc de Rhétoré, l’un des témoins de ma déconvenue, est avec elle.
En effet, en ce moment même, le duc de Rhétoré jouait avec la douleur de la comtesse de Sérizy.
—Vous laissez Lucien se montrer dans la loge de mademoiselle Esther, disait le jeune duc en montrant et la loge et Lucien. Vous qui vous intéressez à lui, vous devriez l’avertir que cela ne se fait pas. On peut souper chez elle, on peut même y.... mais, en vérité, je ne m’étonne plus du refroidissement des Grandlieu pour ce garçon, je viens de le voir refusé à la porte, sur le perron....
—Ces filles-là sont bien dangereuses, dit madame de Sérizy qui tenait sa lorgnette braquée sur la loge d’Esther.
—Oui, dit le duc, autant pour ce qu’elles peuvent que pour ce qu’elles veulent...
—Elles le ruineront! dit madame de Sérizy, car elles sont, m’a-t-on dit, aussi coûteuses quand on ne les paye pas que quand on les paye.
—Pas pour lui!.... répondit le jeune duc en faisant l’étonné. Elles sont loin de lui coûter de l’argent, elles lui en donneraient au besoin, elles courent toutes après lui.
La comtesse eut autour de la bouche un petit mouvement nerveux qui ne pouvait pas être compris dans la catégorie de ses sourires.