—Eh! bien, baron, voilà un français qui ressemble au vôtre, à peu près comme le bas-breton ressemble au bourguignon. Ça va bien m’amuser de vous entendre causer finances... Savez-vous ce que j’exige de vous, monsieur Nabab, pour faire connaissance avec mon baron? dit-elle en souriant.
—O!... jé... vôs mercie, vôs mé présenterez au sir berronet.
—Oui, reprit-elle. Il faut me faire le plaisir de souper chez moi... Il n’y a pas de poix plus forte que la cire du vin de Champagne pour lier les hommes, elle scelle toutes les affaires, et surtout celles où l’on s’enfonce. Venez ce soir, vous trouverez de bons garçons! Et quant à toi, mon petit Frédéric, dit-elle à l’oreille du baron, vous avez votre voiture, courez rue Saint-Georges et ramenez-moi Europe, j’ai deux mots à lui dire pour mon souper... J’ai retenu Lucien, il nous amènera deux gens d’esprit...—Nous ferons poser l’Anglais, dit-elle à l’oreille de madame de Val-Noble.
Peyrade et le baron laissèrent les deux femmes seules.
—Ah! ma chère, si tu fais jamais poser ce gros infâme-là, tu auras de l’esprit, dit la Val-Noble.
—Si c’était impossible, tu me le prêterais huit jours, répondit Esther en riant.
—Non, tu ne le garderais pas une demi-journée, répliqua madame de Val-Noble, je mange un pain trop dur, mes dents s’y cassent. Je ne veux plus, de ma vie vivante, me charger de faire le bonheur d’aucun Anglais... C’est tous égoïstes froids, des pourceaux habillés...
—Comment, pas d’égards? dit Esther en souriant.
—Au contraire, ma chère, ce monstre-là ne m’a pas encore dit toi.
—Dans aucune situation? dit Esther.