—Oui, reprit Canalis en riant, le député qui siégeait vers la droite, quoiqu’il eût été déjà ministre.

—Ah! vous avez eu tout à l’heure un beau triomphe! dit Maxime à Canalis, car c’est vous qui avez forcé le ministre à monter à la tribune.

—Et à mentir comme un charlatan, répliqua Canalis.

—La belle victoire! répondit l’honnête Giraud. A sa place, qu’auriez-vous fait?

—J’aurais menti.

—Ça ne s’appelle pas mentir, dit Maxime de Trailles, cela s’appelle couvrir la couronne.

Et il emmena Canalis à quelques pas de là.

—C’est un bien grand orateur! dit Léon à Giraud en lui montrant Canalis.

—Oui et non, répondit le conseiller d’État; il est creux, il est sonore, c’est plutôt un artiste en paroles qu’un orateur. Enfin c’est un bel instrument, mais ce n’est pas la musique; aussi n’a-t-il pas et n’aura-t-il jamais l’oreille de la Chambre. Il se croit nécessaire à la France; mais, dans aucun cas, il ne peut être l’homme de la situation.

Canalis et Maxime étaient revenus vers le groupe au moment où Giraud, le député du centre gauche, venait de prononcer cet arrêt. Maxime prit Giraud par le bras et l’entraîna loin du groupe pour lui faire peut-être les mêmes confidences qu’à Canalis.