—Essayez de m’entamer...

—Pauvre garçon! dit Léon en haussant les épaules, n’as-tu pas déjà promis ton influence électorale à Rastignac?

—Oui, parce qu’il est le seul qui se soit mis à rire de lui-même...

—Pauvre garçon! répéta Bixiou, vous me défiez, moi qui n’ai fait que rire!... Vous ressemblez à un roquet impatientant un tigre... Ah! si vous nous aviez vus nous moquant de quelqu’un... Savez-vous que nous pouvons rendre fou un homme sain d’esprit?...

Cette conversation mena Gazonal jusque chez son cousin, où la vue des richesses mobilières lui coupa la parole et mit fin à ce débat. Le Méridional s’aperçut, mais plus tard, que Bixiou l’avait déjà fait poser.

A cinq heures et demie, au moment Léon de Lora faisait sa toilette pour le soir, au grand ébahissement de Gazonal, qui nombrait les mille et une superfluités de son cousin et qui admirait le sérieux du valet de chambre en fonctions, on annonça le pédicure de monsieur. Publicola Masson, petit homme de cinquante ans, dont la figure rappelle celle de Marat, fit son entrée en déposant une petite boîte d’instruments et en se mettant sur une petite chaise en face de Léon, après avoir salué Gazonal et Bixiou.

—Comment vont les affaires? lui demanda Léon en lui livrant un de ses pieds déjà préalablement lavé par le valet de chambre.

—Mais, je suis forcé d’avoir deux élèves, deux jeunes gens qui, désespérant de la fortune, ont quitté la chirurgie pour la corporistique; ils mouraient de faim, et cependant ils ont du talent...

—Oh! je ne vous parle pas des affaires pédestres, je vous demande où vous en êtes de vos affaires politiques...

Masson lança sur Gazonal un regard plus éloquent que toute espèce d’interrogation.