—Un ex-coquin, répondit Bixiou.
—Giraud! cria Léon au Conseiller d’État, ne vous en allez pas sans avoir demandé à Rastignac ce qu’il m’a promis de vous dire relativement à un procès que vous jugez après-demain, et qui regarde mon cousin.
Et les trois amis suivirent les trois hommes politiques à distance en se dirigeant vers la salle des Pas-Perdus.
—Tiens, cousin, regarde ces deux hommes, dit Léon à Gazonal en lui montrant un ancien ministre fort célèbre et le chef du centre gauche, voilà deux orateurs qui ont l’oreille de la Chambre et qu’on a plaisamment surnommés des ministres au département de l’Opposition; ils ont si bien l’oreille de la Chambre qu’ils la lui tirent fort souvent.
—Il est quatre heures, revenons rue de Berlin, dit Bixiou.
—Oui, tu viens de voir le cœur du gouvernement, il faut t’en montrer les helminthes, les ascarides, le ténia, le républicain, puisqu’il faut l’appeler par son nom, dit Léon à son cousin.
Une fois les trois amis emballés dans leur fiacre, Gazonal regarda railleusement son cousin et Bixiou comme un homme qui voulait lâcher un flot de bile oratoire et méridionale.
—Je me défiais bienne de cette grande bagasse de ville, mais depuis ce matin, je la méprise! La pauvre province tant mesquine est une honnête fille; mais Paris c’est une prostituée, avide, menteuse, comédienne, et je suis bienne content de n’y avoir rrienn laissé de ma peau...
—La journée n’est pas finie, dit sentencieusement Bixiou qui cligna de l’œil en regardant Léon.
—Et pourquoi te plains-tu bêtement, dit Léon, d’une prétendue prostitution à laquelle tu vas devoir le gain de ton procès?... Te crois-tu plus vertueux que nous et moins comédien, moins avide, moins facile à descendre une pente quelconque, moins vaniteux que tous ceux avec qui nous avons joué comme avec des pantins?