—Dans un instant le château sera cerné par la gendarmerie. Toi, dit-elle à Gothard, selle sans bruit le cheval de Mademoiselle, et fais-le descendre par la brèche de la douve, entre cette tour et les écuries.
Marthe tressaillit en voyant à deux pas d’elle Laurence qui suivit Gothard.
—Qu’y a-t-il? dit Laurence simplement et sans paraître émue.
—La conspiration contre le Premier Consul est découverte, répondit Marthe dans l’oreille de la jeune comtesse. Mon mari, qui songe à sauver vos deux cousins, m’envoie vous dire de venir vous entendre avec lui.
Laurence recula de trois pas, et regarda Marthe.—Qui êtes-vous? dit-elle.
—Marthe Michu.
—Je ne sais pas ce que vous me voulez, répliqua froidement mademoiselle de Cinq-Cygne.
—Allons, vous les tuez. Venez, au nom des Simeuse! dit Marthe en tombant à genoux et tendant ses mains à Laurence. N’y a-t-il aucun papier ici, rien qui puisse vous compromettre? Du haut de la forêt, mon mari vient de voir briller les chapeaux bordés et les fusils des gendarmes.
Gothard avait commencé par grimper au grenier, il aperçut de loin les broderies des gendarmes, il entendit par le profond silence de la campagne le bruit de leurs chevaux; il dégringola dans l’écurie, sella le cheval de sa maîtresse, aux pieds duquel, sur un seul mot de lui, Catherine attacha des linges.
—Où dois-je aller? dit Laurence à Marthe dont le regard et la parole la frappèrent par l’inimitable accent de la sincérité.