—Venez ici, bon apôtre, fit Corentin en parlant au régisseur, j’ai deux mots à vous glisser dans le tuyau de l’oreille.
Corentin et Michu sortirent.
—La carabine que vous chargiez hier à quatre heures devait vous servir à tuer le Conseiller d’État: Grévin, le notaire, vous a vu; mais on ne peut pas vous pincer là-dessus: il y a eu beaucoup d’intention, et peu de témoins. Vous avez, je ne sais comment, endormi Violette, et vous, votre femme, votre petit gars, vous avez passé la nuit dehors pour avertir mademoiselle de Cinq-Cygne de notre arrivée et faire sauver ses cousins que vous avez amenés ici, je ne sais pas encore où. Votre fils ou votre femme ont jeté le brigadier par terre assez spirituellement. Enfin vous nous avez battus. Vous êtes un fameux luron. Mais tout n’est pas dit, nous n’aurons pas le dernier. Voulez-vous transiger? vos maîtres y gagneront.
—Venez par ici, nous causerons sans pouvoir être entendus, dit Michu en emmenant l’espion dans le parc jusqu’à l’étang.
Quand Corentin vit la pièce d’eau, il regarda fixement Michu, qui comptait sans doute sur sa force pour jeter cet homme dans sept pieds de vase sous trois pieds d’eau. Michu répondit par un regard non moins fixe. Ce fut absolument comme si un boa flasque et froid eût défié un de ces roux et fauves jaguars du Brésil.
—Je n’ai pas soif, répondit le muscadin qui resta sur le bord de la prairie et mit la main dans sa poche de côté pour y prendre son petit poignard.
—Nous ne pouvons pas nous comprendre, dit Michu froidement.
—Tenez-vous sage, mon cher, la Justice aura l’œil sur vous.
—Si elle n’y voit pas plus clair que vous, il y a du danger pour tout le monde, dit le régisseur.
—Vous refusez? dit Corentin d’un ton expressif.