Il est indubitable que les attentats commis à La Sartinière, à Vonay, au château de Saint-Seny furent commis par cette bande, dont l’audace égale la scélératesse, et qui sut imprimer une si grande terreur que leurs victimes gardèrent toutes le silence, en sorte que la justice s’est arrêtée à des présomptions.
Mais tout en mettant à contribution les acquéreurs de biens nationaux, ces brigands exploraient avec soin le bois du Chesnay, choisi pour être le théâtre de leurs crimes.
Non loin de là, se trouve le village de Louvigny. Une auberge y est tenue par les frères Chaussard, anciens gardes-chasse de la terre de Troisville, qui va servir de rendez-vous final aux brigands. Les deux frères connaissaient d’avance le rôle qu’ils devaient jouer; Courceuil et Boislaurier leur avaient fait depuis longtemps des ouvertures pour ranimer leur haine contre le gouvernement de notre auguste Empereur, en leur annonçant que, parmi les hôtes qui leur viendraient, se trouveraient des hommes de leur connaissance, le redoutable Hiley et le non moins redoutable Cibot.
En effet, le 6, les sept bandits, sous la conduite de Hiley, arrivent chez les frères Chaussard, et ils y passent deux jours. Le chef, le 8, emmène son monde, en disant qu’ils vont à trois lieues, et il commande aux deux frères de leur procurer des subsistances qui furent portées à un embranchement peu distant du village. Hiley revint coucher seul.
Deux hommes à cheval, qui doivent être la dame Bryond et Rifoël, car il est avéré que cette dame accompagnait Rifoël dans ses expéditions, à cheval et déguisée en homme, arrivent dans la soirée, et s’entretiennent avec Hiley.
Le lendemain, Hiley écrit une lettre au notaire Léveillé, que l’un des frères Chaussard porte, et il rapporte aussitôt une réponse.
Deux heures après, la dame Bryond et Rifoël, à cheval, viennent parler à Hiley.
De toutes ces conférences, de ces allées et venues, il résulte la nécessité d’avoir une hache pour briser les caisses. Le notaire reconduit la dame Bryond à Saint-Savin, et l’on y cherche vainement une hache. Le notaire revient, et à moitié route il rencontre Hiley à qui il venait annoncer que l’on n’avait point de hache.
Hiley revient à l’auberge, il y demande un souper pour dix personnes, et il introduit les sept brigands, tous armés cette fois. Hiley fait déposer militairement les armes. On s’assied à table, on soupe à la hâte, et Hiley demande qu’on lui fournissse des aliments en abondance pour les emporter. Puis il prend à part Chaussard l’aîné, pour lui demander une hache. L’aubergiste étonné, s’il faut l’en croire, se refuse à la donner. Courceuil et Boislaurier arrivent, la nuit s’écoule, et ces trois hommes la passèrent à marcher dans la chambre en s’entretenant de leurs complots. Courceuil, dit le Confesseur, le plus subtil de tous ces brigands, s’empare d’une hache; et, sur les deux heures du matin, tous sortent par des issues différentes.
Les moments acquéraient du prix, l’exécution du forfait était fixée à ce jour fatal. Hiley, Courceuil, Boislaurier amènent et placent leur monde. Hiley s’embusque avec Minard, Cabot et Bruce, à droite du bois du Chesnay. Boislaurier, Grenier et Horeau se mettent au centre. Courceuil, Herbomez et Lisieux se tiennent au défilé de la lisière. Toutes ces positions sont indiquées sur le plan géométral dressé par l’ingénieur du cadastre et joint aux pièces.