Bonapartiste, puis libéral, car, par une des plus étranges métamorphoses, les soldats de Napoléon devinrent presque tous amoureux du système constitutionnel, le colonel Giguet fut pendant la Restauration le président naturel du comité directeur d’Arcis, qui se composa du notaire Grévin, de son gendre Beauvisage, et de Varlet fils, le premier médecin d’Arcis, beau-frère de Grévin, et de quelques autres notabilités libérales.

—Si notre cher enfant n’est pas nommé, dit madame Marion après avoir regardé dans l’antichambre et dans le jardin pour voir si personne ne pouvait l’écouter, il n’aura pas mademoiselle Beauvisage; car il y a pour lui, dans le succès de sa candidature, un mariage avec Cécile.

—Cécile?... fit le vieillard en ouvrant les yeux et regardant sa sœur d’un air de stupéfaction.

—Il n’y a peut-être que vous dans tout le département, mon frère, qui puissiez oublier la dot et les espérances de mademoiselle Beauvisage.

—C’est la plus riche héritière du département de l’Aube, dit Simon Giguet.

—Mais il me semble que mon fils n’est pas à dédaigner, reprit le vieux militaire: il est votre héritier, il a déjà le bien de sa mère, et je compte lui laisser autre chose que mon nom tout sec.

—Tout cela mis ensemble ne fait pas trente mille francs de rente, et il y a déjà des gens qui se présentaient avec cette fortune-là, sans compter leur position...

—Et...? demanda le colonel.

—Et on les a refusés!

—Que veulent donc les Beauvisage? fit le colonel en regardant alternativement sa sœur et son fils.