Le prévenu, sur un signe du juge, fut alors habillé par le médecin et par l’infirmier qui se retirèrent, ainsi que l’huissier. Camusot s’assit à son bureau jouant avec sa plume.
—Vous avez une tante, dit brusquement Camusot à Jacques Collin.
—Une tante, répondit avec étonnement don Carlos Herrera; mais, monsieur, je n’ai point de parent, je suis l’enfant non reconnu du feu duc d’Ossuna.
Et en lui-même il se disait:—Ils brûlent! allusion au jeu de cache-cache, qui d’ailleurs est une enfantine image de la lutte terrible entre la justice et le criminel.
—Bah! dit Camusot. Allons, vous avez encore votre tante, mademoiselle Jacqueline Collin, que vous avez placée sous le nom bizarre d’Asie auprès de la demoiselle Esther.
Jacques Collin fit un insouciant mouvement d’épaules parfaitement en harmonie avec l’air de curiosité par lequel il accueillait les paroles du juge qui l’examinait avec une attention narquoise.
—Prenez garde, reprit Camusot. Écoutez-moi bien.
—Je vous écoute, monsieur.
—Votre tante est marchande au Temple, son commerce est géré par une demoiselle Paccard, sœur d’un condamné, très honnête fille d’ailleurs, surnommée la Romette. La justice est sur les traces de votre tante, et dans quelques heures nous aurons des preuves décisives. Cette femme vous est bien dévouée...
—Continuez, monsieur le juge, dit tranquillement Jacques Collin en réponse à une pause de Camusot, je vous écoute.