—A une affaire! à une idée! à un système! répondit le notaire à qui le substitut sourit d’un air fin.

—Jugez de ma surprise, reprit madame Mollot, en apercevant une étoffe d’une magnificence, d’une beauté, d’un éclat... Je me dis: Il a sans doute une robe de chambre de cette étoffe de verre que nous sommes allés voir à l’Exposition des produits de l’industrie. Alors je vais chercher ma lorgnette, et j’examine... Mais, bon Dieu! qu’est-ce que je vois?... Au-dessus de la robe de chambre, là où devrait être la tête, je vois une masse énorme, quelque chose comme un genou... Non, je ne peux pas vous dire quelle a été ma curiosité.

—Je le conçois, dit Antonin.

—Non, vous ne le concevez pas, dit madame Mollot, car ce genou...

—Ah! je comprends, dit Olivier Vinet en riant aux éclats, l’inconnu faisait ainsi sa toilette, et vous avez vu ses deux genoux...

—Mais non! s’écria madame Mollot, vous me faites dire des incongruités. L’inconnu était debout, il tenait une éponge au-dessus d’une immense cuvette, et vous en serez pour vos mauvaises plaisanteries, monsieur Olivier. J’aurais bien reconnu ce que vous croyez...

—Oh! reconnu, madame, vous vous compromettez!... dit Antonin Goulard.

—Laissez-moi donc achever, dit madame Mollot. C’était sa tête! il se lavait la tête, et il n’a pas un seul cheveu...

—L’imprudent! dit Antonin Goulard. Il ne vient certes pas ici avec des idées de mariage. Ici, pour se marier, il faut avoir des cheveux... C’est très demandé.

—J’ai donc raison de dire que notre inconnu doit avoir cinquante ans. On ne prend guère perruque qu’à cet âge. Et en effet, de loin, l’inconnu, sa toilette finie, a ouvert sa fenêtre; je l’ai revu muni d’une superbe chevelure noire, et il m’a lorgnée quand je me suis mise à mon balcon. Ainsi, ma chère Cécile, vous ne prendrez pas ce monsieur-là pour héros de votre roman.