—Pourquoi pas? les gens de cinquante ans ne sont pas à dédaigner, quand ils sont comtes, reprit Ernestine.
—Il a peut-être des cheveux, dit malicieusement Olivier Vinet, et alors il serait très mariable. La question serait de savoir s’il a montré sa tête nue à madame Mollot, ou...
—Taisez-vous! dit madame Mollot.
Antonin Goulard s’empressa de dépêcher le domestique de madame Marion au Mulet, en lui donnant un ordre pour Julien.
—Mon Dieu! que fait l’âge d’un mari? dit mademoiselle Herbelot.
—Pourvu qu’on en ait un, ajouta le substitut qui se faisait redouter par sa méchanceté froide et ses railleries.
—Mais, répliqua la vieille fille, en sentant l’épigramme, j’aimerais mieux un homme de cinquante ans, indulgent et bon, plein d’attention pour sa femme, qu’un jeune homme de vingt et quelques années qui serait sans cœur, dont l’esprit mordait tout le monde, même sa femme.
—Ceci, dit Olivier Vinet, est bon pour la conversation; car, pour aimer mieux un quinquagénaire qu’un adulte, il faut les avoir à choisir.
—Oh! dit madame Mollot pour arrêter cette lutte de la vieille fille et du jeune Vinet qui allait toujours trop loin, quand une femme a l’expérience de la vie, elle sait qu’un mari de cinquante ans ou de vingt-cinq ans, c’est absolument la même chose quand il n’est qu’estimé... L’important dans le mariage, c’est les convenances qu’on y cherche. Si mademoiselle Beauvisage veut aller à Paris, y faire figure, et, à sa place, je penserais ainsi, je ne prendrais certainement pas mon mari dans la ville d’Arcis... Si j’avais eu la fortune qu’elle aura, j’aurais très bien accordé ma main à un comte, à un homme qui m’aurait mise dans une haute position sociale, et je n’aurais pas demandé à voir son extrait de naissance.
—Il vous eût suffi de le voir à sa toilette, dit tout bas Vinet à madame Mollot.