—Eh bien! tout Arcis va demain être sens dessus dessous, dit Achille Pigoult. Je vais voir ce monsieur pour être le notaire de la chose! Il y aura deux mille actes à faire.
—Notre roman devient une locomotive, dit tristement Ernestine à Cécile.
—Un comte doublé d’un chemin de fer, reprit Achille Pigoult, n’en est que plus conjugal. Mais est-il garçon?
—Eh! je saurai cela demain par grand-papa, dit Cécile avec un enthousiasme de parade.
—Oh! la bonne plaisanterie! s’écria madame Marion avec un rire forcé. Comment, Cécile, ma petite chatte, vous pensez à l’inconnu!...
—Mais le mari, c’est toujours l’inconnu, dit vivement Olivier Vinet en faisant à mademoiselle Beauvisage un signe qu’elle comprit à merveille.
—Pourquoi ne penserais-je pas à lui? demanda Cécile, ce n’est pas compromettant. Puis c’est, disent ces messieurs, ou quelque grand spéculateur, ou quelque grand seigneur... Ma foi! l’un et l’autre me vont. J’aime Paris! Je veux avoir voiture, hôtel, loge aux Italiens, etc.
—C’est cela! dit Olivier Vinet, quand on rêve, il ne faut se rien refuser. D’ailleurs, moi, si j’avais le bonheur d’être votre frère, je vous marierais au jeune marquis de Cinq-Cygne qui me paraît un petit gaillard à faire danser joliment les écus et à se moquer des répugnances de sa mère pour les acteurs du grand drame où le père de notre président a péri si malheureusement.
—Il vous serait plus facile de devenir premier ministre! dit madame Marion: il n’y aura jamais d’alliance entre la petite-fille des Grévin et les Cinq-Cygne!...
—Roméo a bien failli épouser Juliette! dit Achille Pigoult, et mademoiselle est plus belle que...