—Oh! si vous nous citez l’opéra! dit naïvement Herbelot le notaire qui venait de finir son whist.
—Mon confrère, dit Achille Pigoult, n’est pas fort sur l’histoire du moyen âge...
—Viens, Malvina! dit le gros notaire sans rien répondre à son confrère.
—Dites donc, monsieur Antonin, demanda Cécile au sous-préfet, vous avez parlé d’Anicette, la femme de chambre de la princesse Cadignan?... la connaissez-vous?
—Non; mais Julien la connaît: c’est la filleule de son père, et ils sont très bien ensemble.
—Oh! tâchez donc, par Julien, de nous l’avoir; maman ne regarderait pas aux gages...
—Mademoiselle! entendre, c’est obéir, dit-on en Asie aux despotes, répliqua le sous-préfet. Pour vous servir, vous allez voir comme je procède! Il sortit pour donner l’ordre à Julien de rejoindre le chariot qui retournait à Cinq-Cygne, et de séduire à tout prix Anicette.
XIV.—OÙ LE CANDIDAT PERD UNE VOIX.
En ce moment, Simon Giguet, qui venait d’achever ses courbettes en paroles à tous les gens influents d’Arcis, et qui se regardait comme sûr de son élection, vint se joindre au cercle qui entourait Cécile et mademoiselle Mollot. La soirée était assez avancée. Dix heures sonnaient. Après avoir énormément consommé de gâteaux, de verres d’orgeat, de punch, de limonades et de sirops variés, ceux qui n’étaient venus chez madame Marion, ce jour-là, que pour des raisons politiques, et qui n’avaient pas l’habitude de ces planches, pour eux aristocratiques, s’en allèrent d’autant plus promptement qu’ils ne se couchaient jamais si tard. La soirée allait donc prendre un caractère d’intimité. Simon Giguet espéra pouvoir échanger quelques paroles avec Cécile, et il la regardait en conquérant. Ce regard blessa Cécile.
—Mon cher, dit Antonin à Simon en voyant briller sur la figure de son ami l’auréole du succès, tu viens dans un moment où les gens d’Arcis ont tort...