—Monsieur, dit Antonin Goulard avec une espèce de hauteur, je viens d’apprendre, par la femme de l’aubergiste, que vous refusez de vous conformer aux ordonnances de police, et comme je ne doute pas que vous ne soyez une personne distinguée, je viens moi-même...

—Vous vous nommez Goulard? demanda l’inconnu d’une voix de tête.

—Je suis le sous-préfet, monsieur... répondit Antonin Goulard.

—Votre père n’appartenait-il pas aux Simeuse?...

—Et moi, monsieur, j’appartiens au gouvernement, voilà la différence des temps.

—Vous avez un domestique nommé Julien, qui veut enlever la femme de chambre de la princesse de Cadignan?...

—Monsieur, je ne permets à personne de me parler ainsi, dit Goulard, vous méconnaissez mon caractère...

—Et vous voulez savoir le mien! riposta l’inconnu. Je me fais donc connaître... On peut mettre sur le livre de l’aubergiste: Impertinent... venant de Paris... questionneur... âge douteux... voyageant pour son plaisir. Ce serait une innovation très goûtée en France que d’imiter l’Angleterre dans sa méthode de laisser les gens aller et venir, selon leur bon plaisir, sans les tracasser, sans leur demander à tout moment des papiers... Je suis sans passe-port, que ferez-vous?

—M. le procureur du roi est là, sous les tilleuls... dit le sous-préfet.

—M. Marest!.... vous lui souhaiterez le bonjour de ma part...