—Il est impossible d’être plus narquois que le vieux père Grévin, dit Vinet.

—Madame Beauvisage est ambitieuse, répondit Goulard, et sait très bien que sa fille aura deux millions; elle veut être la belle-mère d’un ministre ou d’un ambassadeur, afin de trôner à Paris.

—Eh bien! pourquoi pas? dit Simon Giguet.

—Je te le souhaite, répondit le sous-préfet en regardant le substitut avec lequel il se mit à rire quand ils furent à quelques pas. Il ne sera pas seulement député! dit-il à Olivier, le ministère a des intentions. Vous trouverez chez vous une lettre de votre père qui vous enjoint de vous assurer des personnes de votre ressort, dont les votes appartiennent au ministère, il y va de votre avancement, et il vous recommande la plus entière discrétion.

—Et pour qui devront voter nos huissiers, nos avoués, nos juges de paix, nos notaires? fit le substitut.

—Pour le candidat que je vous nommerai...

—Mais comment savez-vous que mon père m’écrit, et ce qu’il m’écrit?...

—Par l’inconnu...

—L’homme des mines!

—Mon cher Vinet, nous ne devons pas le connaître, traitons-le comme un étranger... Il a vu votre père à Provins, en y passant. Tout à l’heure ce personnage m’a salué par un mot du préfet qui me dit de suivre, pour les élections d’Arcis, toutes les instructions que me donnera le comte Maxime. Je ne pouvais pas ne point avoir une bataille à livrer, je le savais bien! Allons dîner ensemble et dressons nos batteries: il s’agit pour vous de devenir procureur du roi à Mantes, pour moi d’être préfet, et nous ne devons pas avoir l’air de nous mêler des élections, car nous sommes entre l’enclume et le marteau. Simon est le candidat d’un parti qui veut renverser le ministère actuel et qui peut réussir; mais pour des gens aussi intelligents que nous, il n’y a qu’un parti à prendre...