—Lequel?

—Servir ceux qui font et défont les ministères... Et la lettre qu’on m’a montrée est d’un des personnages qui sont les compères de la pensée immuable.

Avant d’aller plus loin, il est nécessaire d’expliquer quel était ce mineur, et ce qu’il venait extraire de la Champagne.

XVI.—CHEZ MADAME D’ESPARD.

Environ deux mois avant le triomphe de Simon Giguet comme candidat, à onze heures, dans un hôtel du faubourg Saint-Honoré, au moment où l’on servit le thé chez la marquise d’Espard, le chevalier d’Espard, son beau-frère, dit en posant sa tasse et en regardant le cercle formé autour de la cheminée:—Maxime était bien triste ce soir, ne trouvez-vous pas?...

—Mais, répondit Rastignac, sa tristesse est assez explicable, il a quarante-huit ans; à cet âge, on ne se fait plus d’amis; et quand nous avons enterré de Marsay, Maxime a perdu le seul homme capable de le comprendre, de le servir et de se servir de lui...

—Il a sans doute quelques dettes pressantes, ne pourriez-vous pas le mettre à même de les payer? dit la marquise à Rastignac.

En ce moment Rastignac était pour la seconde fois ministre, il venait d’être fait comte presque malgré lui; son beau-père, le baron de Nucingen, avait été nommé pair de France; son frère était évêque; le comte de la Roche-Hugon, son beau-frère, était ambassadeur, et il passait pour être indispensable dans les combinaisons ministérielles à venir.

—Vous oubliez toujours, chère marquise, répondit Rastignac, que notre gouvernement n’échange son argent que contre de l’or; il ne comprend rien aux hommes.

—Maxime est-il homme à se brûler la cervelle? demanda le banquier du Tillet.