—Entièrement, monsieur.

—Eh bien, la famille de Grandlieu a envoyé chez votre beau-frère un des plus respectables avoués de Paris pour prendre des renseignements. A Angoulême, l’avoué, d’après les aveux mêmes de votre sœur et de votre beau-frère, a su que non-seulement ils vous avaient prêté peu de chose, mais encore que leur héritage se composait d’immeubles, assez importants, il est vrai, mais la somme des capitaux s’élevait à peine à deux cent mille francs... Vous ne devez pas trouver étrange qu’une famille comme celle de Grandlieu recule devant une fortune dont l’origine ne se justifie pas... Voilà, monsieur, où vous a conduit un mensonge...

Lucien fut glacé par cette révélation, et le peu de force d’esprit qu’il conservait l’abandonna.

—La police et la justice savent tout ce qu’elles veulent savoir, dit Camusot, songez bien à ceci. Maintenant, reprit-il en pensant à la qualité de père que s’était donnée Jacques Collin, connaissez-vous qui est ce prétendu Carlos Herrera?

—Oui, monsieur, mais je l’ai su trop tard...

—Comment trop tard? Expliquez-vous!

—Ce n’est pas un prêtre, ce n’est pas un Espagnol, c’est...

—Un forçat évadé, dit vivement le juge.

—Oui, répondit Lucien. Quand le fatal secret me fut révélé, j’étais son obligé, j’avais cru me lier avec un respectable ecclésiastique...

—Jacques Collin... dit le juge en commençant une phrase.