—Oui, Jacques Collin, répéta Lucien, c’est son nom.
—Bien. Jacques Collin, reprit monsieur Camusot, vient d’être reconnu tout à l’heure par une personne, et s’il nie encore son identité, c’est, je crois, dans votre intérêt. Mais je vous demandais si vous saviez qui cet homme était dans le but de relever une autre imposture de Jacques Collin.
Lucien eut aussitôt comme un fer rouge dans les entrailles en entendant cette terrifiante observation.
—Ignorez-vous, dit le juge en continuant, qu’il prétend être votre père pour justifier l’extraordinaire affection dont vous êtes l’objet?
—Lui! mon père!... oh! monsieur!... il a dit cela!
—Soupçonnez-vous d’où provenaient les sommes qu’il vous remettait; car, s’il faut en croire la lettre que vous avez entre les mains, la demoiselle Esther, cette pauvre fille, vous aurait rendu plus tard les mêmes services que la demoiselle Coralie; mais vous êtes resté, comme vous venez de le dire, pendant quelques années à vivre, et très splendidement, sans rien recevoir d’elle.
—C’est à vous, monsieur, que je demanderai de me dire, s’écria Lucien, où les forçats puisent de l’argent!... Un Jacques Collin mon père!... Oh! ma pauvre mère...
Et il fondit en larmes.
—Greffier, donnez lecture au prévenu de la partie de l’interrogatoire du prétendu Carlos Herrera dans laquelle il s’est dit le père de Lucien de Rubempré...
Le poëte écouta cette lecture dans un silence et dans une contenance qui fit peine à voir.