En ce moment le comte Octave de Bauvan ouvrit sans frapper, et dit au comte de Granville:—Mon cher, je t’amène une jolie femme qui ne savait où donner de la tête, elle allait se perdre dans notre labyrinthe...

Et le comte Octave tenait par la main la comtesse de Sérisy.

—Vous ici, madame! s’écria le procureur général en avançant son propre fauteuil, et dans quel moment!... Voici monsieur Camusot, madame, dit-il en montrant le juge. Bauvan, reprit-il en s’adressant à cet illustre orateur ministériel de la Restauration, attends-moi chez le premier président, il est encore chez lui. Je t’y rejoins.

Le comte Octave de Bauvan comprit que non seulement il était de trop, mais encore que le procureur général voulait avoir une raison de quitter son cabinet.

Madame de Sérisy n’avait pas commis la faute de venir au Palais dans son magnifique coupé à manteau bleu armorié, avec son cocher galonné et ses deux valets en culotte courte et en bas de soie blancs. Au moment de partir, Asie avait envoyé chercher un fiacre. Asie avait également ordonné de faire cette toilette qui, pour les femmes, est ce qu’était autrefois le manteau couleur muraille pour les hommes. La comtesse portait une redingote brune, un vieux châle noir et un chapeau de velours, dont les fleurs arrachées avaient été remplacées par un voile de dentelle noire très épais.

—Vous avez reçu notre lettre... dit-elle à Camusot dont l’hébétement l’étonnait.

—Trop tard, hélas, madame la comtesse, répondit le juge qui n’avait de tact et d’esprit que dans son cabinet, contre ses prévenus.

—Comment, trop tard?...

Elle regarda monsieur de Grandville et vit la consternation peinte sur sa figure.

—Il ne peut pas être encore trop tard, ajouta-t-elle avec une intonation de despote.