—Ah! ah! vous venez d’Orgemont, répondit Barbette d’un air peu empressé.

—Où allez-vous me mettre? car voici les Chouans...

—Là, reprit Barbette, aussi stupéfaite de la beauté que de l’étrange accoutrement d’une créature qu’elle n’osait comprendre parmi celles de son sexe. Là! dans la cachette du prêtre.

Elle la conduisit à la tête de son lit, la fit entrer dans la ruelle: mais elles furent tout interdites, en croyant entendre un inconnu qui sauta dans le marais. Barbette eut à peine le temps de détacher un rideau du lit et d’y envelopper Marie, qu’elle se trouva face à face avec un Chouan fugitif.

—La vieille, où peut-on se cacher ici? Je suis le comte de Bauvan.

Mademoiselle de Verneuil tressaillit en reconnaissant la voix du convive dont quelques paroles, restées un secret pour elle, avaient causé la catastrophe de la Vivetière.

—Hélas! vous voyez, monseigneur. Il n’y a rin ici! Ce que je peux faire de mieux est de sortir, je veillerai. Si les Bleus viennent, j’avertirai. Si je restais et qu’ils me trouvassent avec vous, ils brûleraient ma maison.

Et Barbette sortit, car elle n’avait pas assez d’intelligence pour concilier les intérêts de deux ennemis ayant un droit égal à la cachette, en vertu du double rôle que jouait son mari.

—J’ai deux coups à tirer, dit le comte avec désespoir; mais ils m’ont déjà dépassé. Bah! j’aurai bien du malheur si, en revenant par ici, il leur prenait fantaisie de regarder sous le lit.

Il déposa légèrement son fusil auprès de la colonne où Marie se tenait debout enveloppée dans la serge verte, et il se baissa pour s’assurer s’il pouvait passer sous le lit. Il allait infailliblement voir les pieds de la réfugiée, qui, dans ce moment désespéré, saisit le fusil, sauta vivement dans la chaumière, et menaça le comte; mais il partit d’un éclat de rire en la reconnaissant; car, pour se cacher, Marie avait quitté son vaste chapeau de Chouan, et ses cheveux s’échappaient en grosses touffes de dessous une espèce de résille en dentelle.