—Non, dit-elle par une de ces plaisanteries sophistiques que les femmes se plaisent à opposer à une raison péremptoire, je l’avais désarmé. —Comte, dit-elle au gentilhomme en rentrant, je viens d’obtenir votre liberté; mais rien pour rien, ajouta-t-elle en souriant et mettant sa tête de côté comme pour l’interroger.

—Demandez-moi tout, même mon nom et mon honneur! s’écria-t-il dans son ivresse, je mets tout à vos pieds.

Et il s’avança pour lui saisir la main, en essayant de lui faire prendre ses désirs pour de la reconnaissance; mais mademoiselle de Verneuil n’était pas fille à s’y méprendre. Aussi, tout en souriant de manière à donner quelque espérance à ce nouvel amant: —Me feriez-vous repentir de ma confiance? dit-elle en se reculant de quelques pas.

—L’imagination d’une jeune fille va plus vite que celle d’une femme répondit-il en riant.

—Une jeune fille a plus à perdre que la femme.

—C’est vrai, l’on doit être défiant quand on porte un trésor.

—Quittons ce langage-là, reprit-elle, et parlons sérieusement. Vous donnez un bal à Saint-James. J’ai entendu dire que vous aviez établi là vos magasins, vos arsenaux et le siége de votre gouvernement. A quand le bal?

—A demain soir.

—Vous ne vous étonnerez pas, monsieur, qu’une femme calomniée veuille, avec l’obstination d’une femme, obtenir une éclatante réparation des injures qu’elle a subies en présence de ceux qui en furent les témoins. J’irai donc à votre bal. Je vous demande de m’accorder votre protection du moment où j’y paraîtrai jusqu’au moment où j’en sortirai. —Je ne veux pas de votre parole, dit-elle en lui voyant mettre la main sur le cœur. J’abhorre les serments, ils ont trop l’air d’une précaution. Dites-moi simplement que vous vous engagez à garantir ma personne de toute entreprise criminelle ou honteuse. Promettez-moi de réparer votre tort en proclamant que je suis bien la fille du duc de Verneuil, mais en taisant tous les malheurs que j’ai dus à un défaut de protection paternelle: nous serons quittes. Hé! deux heures de protection accordées à une femme au milieu d’un bal, est-ce une rançon chère?... Allez, vous ne valez pas une obole de plus... Et, par un sourire, elle ôta toute amertume à ses paroles.

—Que demanderez-vous pour la carabine? dit le comte en riant.