—Mon commandant, dit un soldat en montrant à Hulot ses souliers, au bout desquels les cinq doigts de ses pieds se voyaient à nu, bon pour l’argent; mais cette chaussure-là, ajouta-t-il en montrant avec la crosse de son fusil la paire de souliers ferrés, cette chaussure-là, mon commandant, m’irait comme un gant.

—Tu veux à tes pieds des souliers anglais! lui répliqua Hulot.

Commandant , dit respectueusement un des Fougerais, nous avons, depuis la guerre, toujours partagé le butin.

—Je ne vous empêche pas, vous autres, de suivre vos usages, répliqua durement Hulot en l’interrompant.

—Tiens, Gudin, voilà une bourse là qui contient trois louis, tu as eu de la peine, ton chef ne s’opposera pas à ce que tu la prennes, dit à l’officier l’un de ses anciens camarades.

Hulot regarda Gudin de travers, et le vit pâlissant.

—C’est la bourse de mon oncle, s’écria le jeune homme.

Tout épuisé qu’il était par la fatigue, il fit quelques pas vers le monceau de cadavres, et le premier corps qui s’offrit à ses regards fut précisément celui de son oncle; mais à peine en vit-il le visage rubicond sillonné de bandes bleuâtres, les bras roidis, et la plaie faite par le coup de feu, qu’il jeta un cri étouffé et s’écria: —Marchons, mon commandant.

La troupe de Bleus se mit en route. Hulot soutenait son jeune ami en lui donnant le bras.

—Tonnerre de Dieu, cela ne sera rien, lui disait le vieux soldat.