Mademoiselle de Verneuil était plongée dans une de ces méditations dont les mystères restent comme ensevelis dans les abîmes de l’âme, et dont les mille sentiments contradictoires ont souvent prouvé à ceux qui en ont été la proie qu’on peut avoir une vie orageuse et passionnée entre quatre murs, sans même quitter l’ottomane sur laquelle se consume alors l’existence. Arrivée au dénoûment du drame qu’elle était venue chercher, cette fille en faisait tour à tour passer devant elle les scènes d’amour et de colère qui avaient si puissamment animé sa vie pendant les dix jours écoulés depuis sa première rencontre avec le marquis. En ce moment le bruit d’un pas d’homme retentit dans le salon qui précédait sa chambre, elle tressaillit; la porte s’ouvrit, elle tourna vivement la tête, et vit Corentin.

—Petite tricheuse! dit en riant l’agent supérieur de la police, l’envie de me tromper vous prendra-t-elle encore? Ah! Marie! Marie! vous jouez un jeu bien dangereux en ne m’intéressant pas à votre partie, en en décidant les coups sans me consulter. Si le marquis a échappé à son sort...

—Cela n’a pas été votre faute, n’est-ce pas? répondit mademoiselle de Verneuil avec une ironie profonde. Monsieur, reprit-elle d’une voix grave, de quel droit venez-vous encore chez moi?

—Chez vous? demanda-t-il d’un ton amer.

—Vous m’y faites songer, répliqua-t-elle avec noblesse, je ne suis pas chez moi. Vous avez peut-être sciemment choisi cette maison pour y commettre plus sûrement vos assassinats, je vais en sortir. J’irais dans un désert pour ne plus voir des...

—Des espions, dites, reprit Corentin. Mais cette maison n’est ni à vous ni à moi, elle est au gouvernement; et, quant à en sortir, vous n’en feriez rien, ajouta-t-il en lui lançant un regard diabolique.

Mademoiselle de Verneuil se leva par un mouvement d’indignation, s’avança de quelques pas; mais tout à coup elle s’arrêta en voyant Corentin qui releva le rideau de la fenêtre et se prit à sourire en l’invitant à venir près de lui.

—Voyez-vous cette colonne de fumée? dit-il avec le calme profond qu’il savait conserver sur sa figure blême quelque profondes que fussent ses émotions.

—Quel rapport peut-il exister entre mon départ et de mauvaises herbes auxquelles on a mis le feu? demanda-t-elle.

—Pourquoi votre voix est-elle si altérée? reprit Corentin. Pauvre petite! ajouta-t-il d’une voix douce, je sais tout. Le marquis vient aujourd’hui à Fougères, et ce n’est pas dans l’intention de nous le livrer que vous avez arrangé si voluptueusement ce boudoir, ces fleurs et ces bougies.