Mademoiselle de Verneuil pâlit en voyant la mort du marquis écrite dans les yeux de ce tigre à face humaine, et ressentit pour son amant un amour qui tenait du délire. Chacun de ses cheveux lui versa dans la tête une atroce douleur qu’elle ne put soutenir, et elle tomba sur l’ottomane. Corentin resta un moment les bras croisés sur la poitrine, moitié content d’une torture qui le vengeait de tous les sarcasmes et du dédain par lesquels cette femme l’avait accablé, moitié chagrin de voir souffrir une créature dont le joug lui plaisait toujours, quelque lourd qu’il fût.
—Elle l’aime, se dit-il d’une voix sourde.
—L’aimer, s’écria-t-elle, eh! qu’est-ce que signifie ce mot? Corentin! il est ma vie, mon âme, mon souffle. Elle se jeta aux pieds de cet homme dont le calme l’épouvantait. —Ame de boue, lui dit-elle, j’aime mieux m’avilir pour lui obtenir la vie, que de m’avilir pour la lui ôter. Je veux le sauver au prix de tout mon sang. Parle, que te faut-il?
Corentin tressaillit.
—Je venais prendre vos ordres, Marie, dit-il d’un son de voix plein de douceur et en la relevant avec une gracieuse politesse. Oui, Marie, vos injures ne m’empêcheront pas d’être tout à vous, pourvu que vous ne me trompiez plus. Vous savez, Marie, qu’on ne me dupe jamais impunément.
—Ah! si vous voulez que je vous aime, Corentin, aidez-moi à le sauver.
—Eh! bien, à quelle heure vient le marquis? dit-il en s’efforçant de faire cette demande d’un ton calme.
—Hélas! je n’en sais rien.
Ils se regardèrent tous deux en silence.
—Je suis perdue, se disait mademoiselle de Verneuil.