—De quoi vous plaignez-vous, répondit mademoiselle de Verneuil en lui serrant fortement le bras, ce brouillard peut cacher la vengeance aussi bien que la perfidie. Commandant, ajouta-t-elle à voix basse, il s’agit de prendre avec moi des mesures telles que le Gars ne puisse pas échapper aujourd’hui.

—Est-il chez vous? lui demanda-t-il d’une voix dont l’émotion accusait son étonnement.

—Non, répondit-elle, mais vous me donnerez un homme sûr et je l’enverrai vous avertir de l’arrivée de ce marquis.

—Qu’allez-vous faire? dit Corentin avec empressement à Marie, un soldat chez vous l’effaroucherait, mais un enfant, et j’en trouverai un, n’inspirera pas de défiance...

—Commandant, reprit mademoiselle de Verneuil, grâce à ce brouillard que vous maudissez, vous pouvez, dès à présent, cerner ma maison. Mettez des soldats partout. Placez un poste dans l’église Saint-Léonard pour vous assurer de l’esplanade sur laquelle donnent les fenêtres de mon salon. Apostez des hommes sur la promenade; car, quoique la fenêtre de ma chambre soit à vingt pieds du sol, le désespoir prête quelquefois la force de franchir les distances les plus périlleuses. Écoutez! Je ferai probablement sortir ce monsieur par la porte de ma maison; ainsi, ne donnez qu’à un homme courageux la mission de la surveiller; car, dit-elle en poussant un soupir, on ne peut pas lui refuser de la bravoure, et il se défendra!

—Gudin! s’écria le commandant.

Aussitôt le jeune Fougerais s’élança du milieu de la troupe revenue avec Hulot et qui avait gardé ses rangs à une certaine distance.

—Écoute, mon garçon, lui dit le vieux militaire à voix basse, ce tonnerre de fille nous livre le Gars sans que je sache pourquoi, c’est égal, ça n’est pas notre affaire. Tu prendras dix hommes avec toi et tu te placeras de manière à garder le cul-de-sac au fond duquel est la maison de cette fille; mais arrange-toi pour qu’on ne voie ni toi ni tes hommes.

—Oui, mon commandant, je connais le terrain.

—Eh! bien, mon enfant, reprit Hulot, Beau-pied viendra t’avertir de ma part du moment où il faudra jouer du bancal. Tâche de joindre toi-même le marquis, et si tu peux le tuer, afin que je n’aie pas à le fusiller juridiquement, tu seras lieutenant dans quinze jours, ou je ne me nomme pas Hulot. —Tenez, mademoiselle, voici un lapin qui ne boudera pas, dit-il à la jeune fille en lui montrant Gudin. Il fera bonne garde devant votre maison, et si le ci-devant en sort ou veut y entrer, il ne le manquera pas.