Gudin partit avec une dizaine de soldats.
—Savez-vous bien ce que vous faites? disait tout bas Corentin à mademoiselle de Verneuil.
Elle ne lui répondit pas, et vit partir avec une sorte de contentement les hommes qui, sous les ordres du sous-lieutenant, allèrent se placer sur la Promenade, et ceux qui, suivant les instructions de Hulot, se postèrent le long des flancs obscurs de l’église Saint-Léonard.
—Il y a des maisons qui tiennent à la mienne, dit-elle au commandant, cernez-les aussi. Ne nous préparons pas de repentir en négligeant une seule des précautions à prendre.
—Elle est enragée, pensa Hulot.
—Ne suis-je pas prophète, lui dit Corentin à l’oreille. Quant à celui que je vais mettre chez elle, c’est le petit gars au pied sanglant; ainsi...
Il n’acheva pas. Mademoiselle de Verneuil s’était par un mouvement soudain élancée vers sa maison, où il la suivit en sifflant comme un homme heureux; quand il la rejoignit, elle avait déjà atteint le seuil de la porte où Corentin retrouva le fils de Galope-chopine.
—Mademoiselle, lui dit-il, prenez avec vous ce petit garçon, vous ne pouvez pas avoir d’émissaire plus innocent et plus actif que lui. —Quand tu auras vu le Gars entré, quelque chose qu’on te dise, sauve-toi, viens me trouver au corps de garde, je te donnerai de quoi manger de la galette pendant toute ta vie.
A ces mots, soufflés pour ainsi dire dans l’oreille du petit gars, Corentin se sentit presser fortement la main par le jeune Breton, qui suivit mademoiselle de Verneuil.
—Maintenant, mes bons amis, expliquez-vous quand vous voudrez! s’écria Corentin lorsque la porte se ferma, si tu fais l’amour, mon petit marquis, ce sera sur ton suaire.