—Pauvre Alphonse, où crois-tu donc que je t’aie mené? demanda-t-elle en tremblant.
—Au bonheur.
—A la mort.
Et tressaillant d’horreur, elle s’élança hors du lit; le marquis étonné la suivit, sa femme l’amena près de la fenêtre. Après un geste délirant qui lui échappa, Marie releva les rideaux de la croisée, et lui montra du doigt sur la place une vingtaine de soldats. La lune, ayant dissipé le brouillard, éclairait de sa blanche lumière les habits, les fusils, l’impassible Corentin qui allait et venait comme un chacal attendant sa proie, et le commandant, les bras croisés, immobile, le nez en l’air, les lèvres retroussées, attentif et chagrin.
—Eh! laissons-les, Marie, et reviens.
—Pourquoi ris-tu, Alphonse? c’est moi qui les ai placés là.
—Tu rêves?
—Non!
Ils se regardèrent un moment, le marquis devina tout, et la serrant dans ses bras: —Va! je t’aime toujours, dit-il.
—Tout n’est donc pas perdu, s’écria Marie. —Alphonse, dit-elle après une pause, il y a de l’espoir.