—Oui, répondit le conducteur; mais je mets pour condition à mon enrôlement avec vous autres, que vous me laisserez conduire ce brave homme sain et sauf à Fougères. Je m’y suis engagé au nom de la sainte d’Auray.
—Qui est-ce? demanda Pille-miche.
—Je ne puis pas vous le dire, répondit Coupiau.
—Laisse-le donc! reprit Marche-à-terre en poussant Pille-miche par le coude, il a juré par Sainte-Anne d’Auray, faut qu’il tienne ses promesses.
—Mais, dit le Chouan en s’adressant à Coupiau, ne descends pas trop vite la montagne, nous allons te rejoindre, et pour cause. Je veux voir le museau de ton voyageur, et nous lui donnerons un passe-port.
En ce moment on entendit le galop d’un cheval dont le bruit se rapprochait vivement de la Pèlerine. Bientôt le jeune chef apparut. La dame cacha promptement le sac qu’elle tenait à la main.
—Vous pouvez garder cet argent sans scrupule, dit le jeune homme en ramenant en avant le bras de la dame. Voici une lettre que j’ai trouvée pour vous parmi celles qui m’attendaient à la Vivetière, elle est de madame votre mère. Après avoir tour à tour regardé les Chouans qui regagnaient le bois, et la voiture qui descendait la vallée du Couësnon, il ajouta: —Malgré ma diligence, je ne suis pas arrivé à temps. Fasse le ciel que je me sois trompé dans mes soupçons!
—C’est l’argent de ma pauvre mère, s’écria la dame après avoir décacheté la lettre dont les premières lignes lui arrachèrent cette exclamation.
Quelques rires étouffés retentirent dans le bois. Le jeune homme lui-même ne put s’empêcher de sourire en voyant la dame gardant à la main le sac qui renfermait sa part dans le pillage de son propre argent. Elle-même se mit à rire.
—Eh! bien, marquis, Dieu soit loué! pour cette fois je m’en tire sans blâme, dit-elle au chef.