—Vous mettez donc de la légèreté en toute chose, même dans vos remords?... dit le jeune homme.

Elle rougit et regarda le marquis avec une contrition si véritable, qu’il en fut désarmé. L’abbé rendit poliment, mais d’un air équivoque, la dîme qu’il venait d’accepter; puis il suivit le jeune chef qui se dirigeait vers le chemin détourné par lequel il était venu. Avant de les rejoindre, la jeune dame fit un signe à Marche-à-terre, qui vint près d’elle.

—Vous vous porterez en avant de Mortagne, lui dit-elle à voix basse. Je sais que les Bleus doivent envoyer incessamment à Alençon une forte somme en numéraire pour subvenir aux préparatifs de la guerre. Si j’abandonne à tes camarades la prise d’aujourd’hui, c’est à condition qu’ils sauront m’en indemniser. Surtout que le Gars ne sache rien du but de cette expédition, peut-être s’y opposerait-il; mais, en cas de malheurs, je l’adoucirai.

—Madame, dit le marquis, sur le cheval duquel elle se mit en croupe en abandonnant le sien à l’abbé, nos amis de Paris m’écrivent de prendre garde à nous. La République veut essayer de nous combattre par la ruse et par la trahison.

—Ce n’est pas trop mal, répondit-elle. Ils ont d’assez bonnes idées, ces gens-là! Je pourrai prendre part à la guerre et trouver des adversaires.

—Je le crois, s’écria le marquis. Pichegru m’engage à être scrupuleux et circonspect dans mes amitiés de toute espèce. La République me fait l’honneur de me supposer plus dangereux que tous les Vendéens ensemble, et compte sur mes faiblesses pour s’emparer de ma personne.

—Vous défieriez-vous de moi? dit-elle en lui frappant le cœur avec la main par laquelle elle se cramponnait à lui.

—Seriez-vous là?... madame, dit-il en tournant vers elle son front qu’elle embrassa.

—Ainsi, reprit l’abbé, la police de Fouché sera plus dangereuse pour nous que ne le sont les bataillons mobiles et les contre-Chouans.

—Comme vous le dites, mon révérend.