—Oh! commandant, je puis beaucoup souffrir.

—Monsieur, dit le militaire en tremblant, il s’agit de la vie d’un enfant.

Le front de Benassis se plissa soudain, mais il fit un geste pour prier Genestas de continuer.

—Un enfant, reprit le commandant, qui peut encore être sauvé par des soins constants et minutieux. Où trouver un médecin capable de se consacrer à un seul malade? à coup sûr, il n’était pas dans une ville. J’avais entendu parler de vous comme d’un excellent homme, mais j’avais peur d’être la dupe de quelque réputation usurpée. Or, avant de confier mon petit à ce monsieur Benassis, sur qui l’on me racontait tant de belles choses, j’ai voulu l’étudier. Maintenant...

—Assez, dit le médecin. Cet enfant est donc à vous?

—Non, mon cher monsieur Benassis, non. Pour vous expliquer ce mystère, il faudrait vous raconter une histoire où je ne joue pas le plus beau rôle; mais vous m’avez confié vos secrets, je puis bien vous dire les miens.

—Attendez, commandant, dit le médecin en appelant Jacquotte qui vint aussitôt, et à laquelle il demanda son thé. Voyez-vous, commandant, le soir, quand tout dort, je ne dors pas, moi!... Mes chagrins m’oppressent, je cherche alors à les oublier en buvant du thé. Cette boisson procure une sorte d’ivresse nerveuse, un sommeil sans lequel je ne vivrais pas. Refusez-vous toujours d’en prendre?

—Moi, dit Genestas, je préfère votre vin de l’Ermitage.

—Soit. Jacquotte, dit Benassis à sa servante, apportez du vin et des biscuits.

—Nous nous coifferons pour la nuit, reprit le médecin en s’adressant à son hôte.