—Mais comment et de quoi?

—On me donne une petite somme pour garder toute cette partie de la forêt, dit-il en montrant le versant du pic opposé à celui qui regardait les plaines de Montégnac.

Madame Graslin aperçut alors le canon d’un fusil et vit un carnier. Si elle avait eu des craintes, elle eût été dès lors rassurée.

—Vous êtes garde?

—Non, madame, pour être garde, il faut pouvoir prêter serment, et pour le prêter, il faut jouir de tous ses droits civiques...

—Qui êtes-vous donc?

—Je suis Farrabesche, dit l’homme avec une profonde humilité en abaissant les yeux vers la terre.

Madame Graslin, à qui ce nom ne disait rien, regarda cet homme et observa dans sa figure, excessivement douce, des signes de férocité cachée: les dents mal rangées imprimaient à la bouche, dont les lèvres étaient d’un rouge sang, un tour plein d’ironie et de mauvaise audace; les pommettes brunes et saillantes offraient je ne sais quoi d’animal. Cet homme avait la taille moyenne, les épaules fortes, le cou rentré, très-court, gros, les mains larges et velues des gens violents et capables d’abuser de ces avantages d’une nature bestiale. Ses dernières paroles annonçaient d’ailleurs quelque mystère auquel son attitude, sa physionomie et sa personne prêtaient un sens terrible.

—Vous êtes donc à mon service? lui dit d’une voix douce Véronique.

—J’ai donc l’honneur de parler à madame Graslin? dit Farrabesche.