—C’est son fils? dit madame Graslin.
—Mais chacun le pense.
—Et pourquoi n’a-t-il pas épousé cette fille?
—Et comment? on l’aurait pris! Aussi, quand la Curieux sut qu’il était condamné, la pauvre fille a-t-elle quitté le pays.
—Était-elle jolie?
—Oh! dit Maurice, ma mère prétend qu’elle ressemblait beaucoup, tenez... à une autre fille qui, elle aussi, a quitté le pays, à Denise Tascheron.
—Il était aimé? dit madame Graslin.
—Bah! parce qu’il chauffait, dit Colorat, les femmes aiment l’extraordinaire. Cependant rien n’a plus étonné le pays que cet amour-là. Catherine Curieux vivait sage comme une Sainte Vierge, elle passait pour une perle de vertu dans son village, à Vizay, un fort bourg de la Corrèze, sur la ligne des deux départements. Son père et sa mère y sont fermiers de messieurs Brézac. La Catherine Curieux avait bien ses dix-sept ans lors du jugement de Farrabesche. Les Farrabesche étaient une vieille famille du même pays, qui se sont établis sur les domaines de Montégnac, ils tenaient la ferme du village. Le père et la mère Farrabesche sont morts; mais les trois sœurs à la Curieux sont mariées, une à Aubusson, une à Limoges, une à Saint-Léonard.
—Croyez-vous que Farrabesche sache où est Catherine? dit madame Graslin.
—S’il le savait, il romprait son ban, oh! il irait... Dès son arrivée, il a fait demander par monsieur Bonnet le petit Curieux au père et à la mère qui en avaient soin; monsieur Bonnet le lui a donné tout de même.