—Je ne sais pas, elle ne parlait pas français.

—Tu n’as rien entendu? dit Véronique.

—Ah! elle a dit à plusieurs reprises, et voilà pourquoi j’ai pu le retenir: dear brother!

Véronique prit le bras de sa mère, et garda son fils à la main; mais elle fit à peine quelques pas, ses forces l’abandonnèrent.

—Qu’a-t-elle? qu’est-il arrivé? demanda-t-on à la Sauviat.

—Oh! ma fille est en danger, dit d’une voix gutturale et profonde la vieille Auvergnate.

Il fallut porter madame Graslin dans sa voiture; elle voulut qu’Aline y montât avec Francis et désigna Gérard pour l’accompagner.

—Vous êtes allé, je crois, en Angleterre? lui dit-elle quand elle eut recouvré ses esprits, et vous savez l’anglais. Que signifient ces mots: dear brother?

—Qui ne le sait? s’écria Gérard. Ça veut dire: cher frère!

Véronique échangea avec Aline et avec la Sauviat un regard qui les fit frémir; mais elles continrent leurs émotions. Les cris de joie de tous ceux qui assistaient au départ des voitures, les pompes du soleil couchant dans les prairies, la parfaite allure des chevaux, les rires de ses amis qui suivaient, le galop que faisaient prendre à leurs montures ceux qui l’accompagnaient à cheval, rien ne tira madame Graslin de sa torpeur; sa mère fit alors hâter le cocher, et leur voiture arriva la première au château. Quand la compagnie y fut réunie, on apprit que Véronique s’était renfermée chez elle et ne voulait voir personne.