—Un blanc-bec comme toi voudrait-il m’embêter, par hasard? Allons, donne-moi tes papiers, ou sinon, en route!
—La la, mon brave, je ne suis pas un serin. Ai-je donc besoin de te répondre! Qui es-tu?
—Le commandant du département, reprit Hulot.
—Oh! alors mon cas peut devenir très-grave, je serais pris les armes à la main. Et il tendit un verre de vin de Bordeaux au commandant.
—Je n’ai pas soif, répondit Hulot. Allons, voyons tes papiers.
En ce moment, un bruit d’armes et les pas de quelques soldats ayant retenti dans la rue, Hulot s’approcha de la fenêtre et prit un air satisfait qui fit trembler mademoiselle de Verneuil. Ce signe d’intérêt réchauffa le jeune homme, dont la figure était devenue froide et fière. Après avoir fouillé dans la poche de son habit, il tira d’un élégant portefeuille et offrit au commandant des papiers que Hulot se mit à lire lentement, en comparant le signalement du passe-port avec le visage du voyageur suspect. Pendant cet examen, le cri de la chouette recommença; mais cette fois il ne fut pas difficile d’y distinguer l’accent et les jeux d’une voix humaine. Le commandant rendit alors au jeune homme les papiers d’un air moqueur.
—Tout cela est bel et bon, lui dit-il, mais il faut me suivre au district. Je n’aime pas la musique, moi!
—Pourquoi l’emmenez-vous au district? demanda mademoiselle de Verneuil d’une voix altérée.
—Ma petite dame, répondit le commandant en faisant sa grimace habituelle, cela ne vous regarde pas.
Irritée du ton, de l’expression du vieux militaire, et plus encore de cette espèce d’humiliation subie devant un homme à qui elle plaisait, mademoiselle de Verneuil se leva, quitta tout à coup l’attitude de candeur et de modestie dans laquelle elle s’était tenue jusqu’alors, son teint s’anima, et ses yeux brillèrent.