Mademoiselle de Verneuil bondit et sauta au cou de Francine.

—Ah! voilà la vie, je suis dans le ciel!

—Dans l’enfer, peut-être, répliqua Francine.

—Oh! va pour l’enfer! reprit mademoiselle de Verneuil avec gaieté. Tiens, donne-moi ta main. Sens mon cœur, comme il bat. J’ai la fièvre. Le monde entier est maintenant peu de chose! Combien de fois n’ai-je pas vu cet homme dans mes rêves! oh! comme sa tête est belle et quel regard étincelant!

—Vous aimera-t-il? demanda d’une voix affaiblie la naïve et simple paysanne, dont le visage s’était empreint de mélancolie.

—Tu le demandes? répondit mademoiselle de Verneuil. —Mais dis donc, Francine, ajouta-t-elle en se montrant à elle dans une attitude moitié sérieuse, moitié comique, il serait donc difficile.

—Oui, mais vous aimera-t-il toujours? reprit Francine en souriant.

Elles se regardèrent un moment comme interdites, Francine de révéler tant d’expérience, Marie d’apercevoir pour la première fois un avenir de bonheur dans la passion; aussi resta-t-elle comme penchée sur un précipice dont elle aurait voulu sonder la profondeur en attendant le bruit d’une pierre jetée d’abord avec insouciance.

—Hé! c’est mon affaire, dit-elle en laissant échapper le geste d’un joueur au désespoir. Je ne plaindrai jamais une femme trahie, elle ne doit s’en prendre qu’à elle-même de son abandon. Je saurai bien garder, vivant ou mort, l’homme dont le cœur m’aura appartenu. —Mais, dit-elle avec surprise et après un moment de silence, d’où te vient tant de science, Francine?...

—Mademoiselle, répondit vivement la paysanne, j’entends des pas dans le corridor.