—Oui.

Elle serra la main du Chouan, qui la regarda d’un air paternel, courant avec la légèreté d’un oiseau vers le perron; puis il se coula dans sa haie, comme un acteur qui se sauve vers la coulisse au moment où se lève le rideau tragique.

—Sais-tu, Merle, que cet endroit-ci m’a l’air d’une véritable souricière, dit Gérard en arrivant au château.

—Je le vois bien, répondit le capitaine soucieux.

Les deux officiers s’empressèrent de placer des sentinelles pour s’assurer de la chaussée et du portail, puis ils jetèrent des regards de défiance sur les berges et les alentours du paysage.

—Bah! dit Merle, il faut nous livrer à cette baraque-là en toute confiance ou ne pas y entrer.

—Entrons, répondit Gérard.

Les soldats, rendus à la liberté par un mot de leur chef, se hâtèrent de déposer leurs fusils en faisceaux coniques et formèrent un petit front de bandière devant la litière de paille, au milieu de laquelle figurait la pièce de cidre. Ils se divisèrent en groupes auxquels deux paysans commencèrent à distribuer du beurre et du pain de seigle. Le marquis vint au-devant des deux officiers et les emmena au salon. Quand Gérard eut monté le perron, et qu’il regarda les deux ailes où les vieux mélèzes étendaient leurs branches noires, il appela Beau-pied et La-clef-des-cœurs.

—Vous allez, à vous deux, faire une reconnaissance dans les jardins et fouiller les haies, entendez-vous? Puis, vous placerez une sentinelle devant votre front de bandière...

—Pouvons-nous allumer notre feu avant de nous mettre en chasse, mon adjudant? dit La-clef-des-cœurs.