—Que faudrait-il faire? dit-elle effrayée à demi par ces paroles.

—Vous marier, répondit Pierquin.

—Je ne me marierai point, s’écria-t-elle.

—Vous vous marierez, reprit le notaire, quand vous aurez réfléchi mûrement à la situation critique dans laquelle vous êtes...

—Comment mon mariage peut-il sauver...

—Voilà où je vous attendais, ma cousine, dit-il en l’interrompant. Le mariage émancipe!

—Pourquoi m’émanciperait-on? dit Marguerite.

—Pour vous mettre en possession, ma chère petite cousine, dit le notaire d’un air de triomphe. Dans cette occurrence, vous prenez votre part dans la fortune de votre mère. Pour vous le donner, il faut la liquider; or, pour la liquider, ne faudra-t-il pas liciter la forêt de Waignies? Cela posé, toutes les valeurs de la succession se capitaliseront, et votre père sera tenu, comme tuteur, de placer la part de vos frères et de votre sœur, en sorte que la Chimie ne pourra plus y toucher.

—Dans le cas contraire, qu’arriverait-il? demanda-t-elle.

—Mais, dit le notaire, votre père administrera vos biens. S’il se remettait à vouloir faire de l’or, il pourrait vendre le bois de Waignies et vous laisser nus comme des petits saint Jean. La forêt de Waignies vaut en ce moment près de quatorze cent mille francs; mais, qu’aujourd’hui pour demain, votre père la coupe à blanc, vos treize cents arpents ne vaudront pas trois cent mille francs. Ne vaut-il pas mieux éviter ce danger à peu près certain, en faisant échoir dès aujourd’hui le cas de partage par votre émancipation? Vous sauverez ainsi toutes les coupes de la forêt desquelles votre père disposerait plus tard à votre préjudice. En ce moment que la Chimie dort, il placera nécessairement les valeurs de la liquidation sur le Grand-Livre. Les fonds sont à cinquante-neuf, ces chers enfants auront donc près de cinq mille livres de rente pour cinquante mille francs; et attendu qu’on ne peut pas disposer des capitaux appartenant aux mineurs, à leur majorité vos frères et votre sœur verront leur fortune doublée. Tandis que, autrement, ma foi.... Voilà.... D’ailleurs votre père a écorné le bien de votre mère, nous saurons le déficit par un inventaire. S’il est reliquaire, vous prendrez hypothèque sur ses biens, et vous en sauverez déjà quelque chose.