—Fi! dit Marguerite, ce serait outrager mon père. Les dernières paroles de ma mère n’ont pas été prononcées depuis si peu de temps que je ne puisse me les rappeler. Mon père est incapable de dépouiller ses enfants, dit-elle en laissant échapper des larmes de douleur. Vous le méconnaissez, monsieur Pierquin.
—Mais si votre père, ma chère cousine, se remet à la Chimie, il...
—Nous serions ruinés, n’est-ce pas?
—Oh! mais complétement ruinés! Croyez-moi, Marguerite, dit-il en lui prenant la main qu’il mit sur son cœur, je manquerais à mes devoirs si je n’insistais pas. Votre intérêt seul...
—Monsieur, dit Marguerite d’un air froid en lui retirant sa main, l’intérêt bien entendu de ma famille exige que je ne me marie pas. Ma mère en a jugé ainsi.
—Cousine, s’écria-t-il avec la conviction d’un homme d’argent qui voit perdre une fortune, vous vous suicidez, vous jetez à l’eau la succession de votre mère. Eh! bien, j’aurai le dévouement de l’excessive amitié que je vous porte! Vous ne savez pas combien je vous aime, je vous adore depuis le jour où je vous ai vue au dernier bal que votre père a donné! vous étiez ravissante. Vous pouvez vous fier à la voix du cœur, quand elle parle intérêt, ma chère Marguerite. Il fit une pause. Oui, nous convoquerons un conseil de famille et nous vous émanciperons sans vous consulter.
—Mais qu’est-ce donc qu’être émancipée?
—C’est jouir de ses droits.
—Si je puis être émancipée sans me marier, pourquoi voulez-vous donc que je me marie? Et avec qui?
Pierquin essaya de regarder sa cousine d’un air tendre, mais cette expression contrastait si bien avec la rigidité de ses yeux habitués à parler d’argent, que Marguerite crut apercevoir du calcul dans cette tendresse improvisée.