—Toujours sa médecine absolutiste, monarchique et religieuse, dit Brisset en murmurant.
—Messieurs, reprit promptement Maugredie en couvrant avec promptitude l’exclamation de Brisset, ne perdons pas de vue le malade...
—Voilà donc où en est la science! s’écria tristement Raphaël. Ma guérison flotte entre un rosaire et un chapelet de sangsues, entre le bistouri de Dupuytren et la prière du prince de Hohenlohe! Sur la ligne qui sépare le fait de la parole, la matière de l’esprit, Maugredie est là, doutant. Le oui et non humain me poursuit partout! Toujours le Carymary, Carymara de Rabelais: je suis spirituellement malade, carymary! ou matériellement malade, carymara! Dois-je vivre? ils l’ignorent. Au moins Planchette était-il plus franc, en me disant: Je ne sais pas.
En ce moment, Valentin entendit la voix du docteur Maugredie.
—Le malade est monomane, eh! bien, d’accord, s’écria-t-il, mais il y a deux cent mille livres de rente: ces monomanes-là sont fort rares, et nous leur devons au moins un avis. Quant à savoir si son épigastre a réagi sur le cerveau, ou le cerveau sur son épigastre, nous pourrons peut-être vérifier le fait, quand il sera mort. Résumons-nous donc. Il est malade, le fait est incontestable. Il lui faut un traitement quelconque. Laissons les doctrines. Mettons-lui des sangsues pour calmer l’irritation intestinale et la névrose sur l’existence desquelles nous sommes d’accord, puis envoyons-le aux eaux: nous agirons à la fois d’après les deux systèmes. S’il est pulmonique, nous ne pouvons guère le sauver, ainsi...
Raphaël quitta promptement le couloir et vint se remettre dans son fauteuil. Bientôt les quatre médecins sortirent du cabinet. Horace porta la parole et lui dit:—Ces messieurs ont unanimement reconnu la nécessité d’une application immédiate de sangsues à l’estomac, et l’urgence d’un traitement à la fois physique et moral. D’abord un régime diététique, afin de calmer l’irritation de votre organisme.
Ici Brisset fit un signe d’approbation.
—Puis, un régime hygiénique pour régir votre moral. Ainsi nous vous conseillons unanimement d’aller aux eaux d’Aix en Savoie, ou à celles du Mont-Dor en Auvergne, si vous les préférez; l’air et les sites de la Savoie sont plus agréables que ceux du Cantal, mais vous suivrez votre goût.
Là, le docteur Caméristus laissa échapper un geste d’assentiment.
—Ces messieurs, reprit Bianchon, ayant reconnu de légères altérations dans l’appareil respiratoire, sont tombés d’accord sur l’utilité de mes prescriptions antérieures. Ils pensent que votre guérison est facile et dépendra de l’emploi sagement alternatif de ces divers moyens... Et...