A peine avait-il dit cette phrase assez judicieuse, que la tempête déchaîna ses légions. Les vents soufflèrent de tous les côtés, la barque tournoya comme une toupie, et la mer y entra.

—Oh! mon pauvre enfant! mon enfant! Qui sauvera mon enfant? s’écria la mère d’une voix déchirante.

—Vous-même, répondit l’étranger.

Le timbre de cet organe pénétra le cœur de la jeune femme, il y mit un espoir; elle entendit cette suave parole malgré les sifflements de l’orage, malgré les cris poussés par les passagers.

—Sainte Vierge de Bon-Secours, qui êtes à Anvers, je vous promets mille livres de cire et une statue, si vous me tirez de là, s’écria le bourgeois à genoux sur des sacs d’or.

—La Vierge n’est pas plus à Anvers qu’ici, lui répondit le docteur.

—Elle est dans le ciel, répliqua une voix qui semblait sortir de la mer.

—Qui donc a parlé?

—C’est le diable, s’écria le domestique, il se moque de la Vierge d’Anvers.

—Laissez-moi donc là votre sainte Vierge, dit le patron aux passagers. Empoignez-moi les écopes et videz-moi l’eau de la barque. Et vous autres, reprit-il en s’adressant aux matelots, ramez ferme! Nous avons un moment de répit, au nom du diable qui vous laisse en ce monde, soyons nous-mêmes notre providence. Ce petit canal est furieusement dangereux, on le sait, voilà trente ans que je le traverse. Est-ce de ce soir que je me bats avec la tempête?