—Ce monsieur est ivre? dit le médecin à voix basse à l’oreille de la Massimilla en examinant Vendramin.

—Oui, répondit simplement la Cataneo.

Dans ce pays de la passion, toute passion porte son excuse avec elle, et il existe une adorable indulgence pour tous les écarts. La duchesse soupira profondément et laissa paraître sur son visage une expression de douleur contrainte.

—Dans notre pays, il se voit d’étranges choses, monsieur! Vendramin vit d’opium, celui-ci vit d’amour, celui-là s’enfonce dans la science, la plupart des jeunes gens riches s’amourachent d’une danseuse, les gens sages thésaurisent; nous nous faisons tous un bonheur ou une ivresse.

—Parce que vous voulez tous vous distraire d’une idée fixe qu’une révolution guérirait radicalement, reprit le médecin. Le Génois regrette sa république, le Milanais veut son indépendance, le Piémontais souhaite le gouvernement constitutionnel, le Romagnol désire la liberté...

—Qu’il ne comprend pas, dit la duchesse. Hélas! il est des pays assez insensés pour souhaiter votre stupide charte qui tue l’influence des femmes. La plupart de mes compatriotes veulent lire vos productions françaises, inutiles billevesées.

—Inutiles! s’écria le médecin.

—Hé! monsieur, reprit la duchesse, que trouve-t-on dans un livre qui soit meilleur que ce que nous avons au cœur? L’Italie est folle!

—Je ne vois pas qu’un peuple soit fou de vouloir être son maître, dit le médecin.

—Mon Dieu, répliqua vivement la duchesse, n’est-ce pas acheter au prix de bien du sang le droit de s’y disputer comme vous le faites pour de sottes idées.